5-Identités?

La construction des personnages s'est faite comme un jeu sous contrainte. On a introduit des vraies données dans la machine, on les a passé dans la moulinette du hasard, et on a regardé ce qui ressortait. Pourquoi faire cela : pour réintroduire ce qui fait tant peur au système de description du monde par des données : l'incertitude. Pour réintroduire de la fluidité dans un monde trop solide, découpable en tranches seulement.

Et c'est intéressant de faire ce travail (ce jeu?) sur ce qui, pour nous, nous semble constituant. Notre identité. Par quoi passe t-elle? De chacun de nous ce qui officiellement se sait, se dit, s'affiche : un prénom, un nom, une situation. Bien sûr que cela ne nous épuise pas. Mais tout de même, quand on se présente, on commence par ça. Le nom, le prénom. On se pense à chaque instant avec cela, notre nom notre prénom, premiers écrits extérieurs apposés sur nous, hérités, échus. Plus l'âge : une donnée de plus qui bien qu'elle change tout le temps nous est, de toute, la plus inéluctable.

Alors pour ces personnages nous avons fait pareil. Nous avons joué l'arbitraire, l'aléatoire.

Le nom qu'ils ont, chacun, leur a été attribué au hasard parmi les 100 patronymes les plus répandus dans le département de la Seine-Saint-Denis : de Martin, 1404 occurrences, à Leblanc, 155 occurrences, en passant par Coulibaly, 435 occurrences.

La date de naissance : seulement le résultat de la loterie, fonction random number sur Excell.

Le prénom, lui, a été choisi, parmi les 10 plus fréquents dans le département de la Seine-Saint-Denis, lors de l'année de naissance du personnage.

Puis, situation. Presque 30 personnages, 30 petites perles de fiction jetées dans le réel, qu'il faut maintenant sertir, insérer, relier. Il faut définir, déjà, s'ils sont seuls, accompagnés.  La vie en couple : une question d'âge sans doute, ça démarre doucement,  ça bat son plein entre 40 et 54 ans (67 %), puis ça diminue au fil des séparations, des disparitions. On a distribué les sorts, seuls ou en couple, en fonction des statistiques constatées sur le département. Et puis combien d'enfants, s'il y en a, et doit on les élever seul ou à deux. Là encore, la petite population fictive a suivi la répartition réelle, autant que possible.

Il nous manquait maintenant les visages pour construire une fiche d'identité complète.

Image : patronymes les plus portés en Seine-Saint-Denis