7- Ce qui advient

Décider cela, que l’on nait à partir d’un lieu, d’une vue. Avant même d’avoir déterminé quoi que ce soit d’autre, créer un personnage à partir d’un lieu. Voir ce qui en découle.
Ce qui en découle, c’est un nom, une situation : distribution d'identités et de sorts de vie selon les mêmes proportions que celles constatées sur le vrai territoire.
Et puis, après cette très schématique distribution, demander de raconter "quelque chose qui arrive". Quelque chose qui arrive à partir de ce lieu regardé depuis fenêtre, à partir de cette "vue" fictive, d’un intérieur qui n’existe pas vers un extérieur vu sur écran.
Voir ce qui advient quand on demande ce qui advient.
Ce qui advient : sur 16 histoires racontées ce jour là, 16 personnages en lice : 2 récits d’émeutes, 4 meurtres, 1 cambriolage, une bousculade dans un bus, une cigarette jetée sur un passant, une femme qui vide la carte bleue de son mari, et... beaucoup de peur des personnages pour les "jeunes" qui traînent en bas de l’immeuble . Il est vrai que les personnages sont tous, par convention, beaucoup plus âgés que ceux qui les écrivent... Est-ce le lieu ? Est-ce la communauté de lieu entre ceux qui écrivent et ceux qui naissent ainsi, à partir d’une vue, d’un nom, d’une situation ? Est-ce la représentation du lieu, depuis l’extérieur, et tellement intériorisée qu’elle est ainsi resservie sans attendre ? Est-ce l’idée seulement que ce qui peut advenir est violent ? Ou, pour comprendre mieux, pour aller moins vite, que l’exceptionnel seulement peut-être raconté, et que l’exceptionnel est forcément tranchant, foudroyant. Des coups de foudre il y en a eu aussi, mais peu : celui-là par exemple : explosif...
Ce qui explose aussi, quand quelque chose arrive, c’est le nombre de personnages : 70 créés en une seule séance. Alors, cartographier ces nouveaux êtres, et comment ensemble ils sont liés. Et sur le logiciel FreeMind, tomber sur cette icône, +, qui quand on l’effleure donne la légende suivante : déplier les enfants. Déplier les enfants : faire apparaître les relations nées de relations antérieures, rendre visible ce qui advient. Me semble un programme d’écriture acceptable.
Et le quotidien alors? Seul le quotidien n'explose pas, il coule doucement, on se souvient des jours d'avant, on joue au foot avec ses enfants, on fait des cadeaux à ses amis. C'est difficile sans doute, d'avoir l'impression que quelque chose arrive, au quotidien. Et pourtant, tout événement, aussi infime soit-il, peut-être tracé, peut-être écrit.